Le drame

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Volume 16 Numéro 6
L'Hôtel Sewell où les constables du Shérif R.B. Vail établirent leur quartier général le 26 janvier 1875. Source : CEA, p. 104-A2.
L'Hôtel Sewell où les constables du Shérif R.B. Vail établirent leur quartier général le 26 janvier 1875. Source : CEA, p. 104-A2.

Premières arrestations (26 janvier 1975)

Clarence LeBreton

À son arrivée à Caraquet dans la nuit du 26 janvier, le shérif du comté de Gloucester, Robert B. Vail, est accompagné de six constables : Stephen Gable, Alfred Gammon, Joseph Gammon et Robert Ramsay, tous de Bathurst, ainsi que William et David Eddy, de New Bandon. Ils sont rejoints tôt dans la matinée par John et Richard Sewell de Pokemouche1 ; ils descendent à l'Hôtel Sewell, pendant que Vail se rapporte à Robert Young2. Toujours dans la matinée, on procède à quelques arrestations, soit celles de Joseph Lebouthillier, d'Éloi et Gustave Lanteigne. L'un d'eux est encore au lit lorsque les constables pénètrent chez lui et l'arrêtent. Avant de quitter Bathurst pour se rendre à Caraquet, le shérif Vail a cependant résolu d'appeler du renfort du comté voisin de Northumberland. Cet appel est adressé à l'honorable William Kelly, chez qui Young avait passé quelques jours avant de rentrer chez lui le 22 janvier. Il semble que cet appel à l'aide ait été attendu, car trente-six heures après avoir expédié son message, Vail reçoit le renfort demandé. Le mercredi 27 janvier à l'aube, 20 hommes de la région de la Miramichi arrivent à Caraquet. Il s'agit de Robert Manderson, Sam Wilcox, Peter Manderson, James et George Loggie, Dudley Wells, Philip Perlay, Hugh Marquis, John Cassidy, Donald McGruer, Allan Rand, Isaac Clark, Charles Call, William Reid, James Chapman, John Gifford, Henry Burbridge, Henry Bannister, William Carter et William Fenton3. Qui sont ces hommes venus faire office de justiciers dans un comté auquel ils n'appartiennent pas ? Ce ne sont pas des constables et ils ne peuvent être assermentés par le shérif Vail. Signalons que la loi lui interdit de recourir à des constables de l'extérieur du comté de Gloucester, sans demande expresse et formelle de trois juges de paix du comté. Vail commande donc des mercenaires ; durant le procès, il les qualifiera de volontaires. On peut par ailleurs s'imaginer la panique qui règne dans Caraquet lorsque, le mercredi matin, une véritable petite armée se rend un peu partout dans le village pour passer les menottes aux poignets de nos émeutiers. Précisons que ces hommes venus prêter main-forte aux forces de l'ordre ne parlent pas la langue du village, à l'instar des constables de Vail d'ailleurs. Ils ont beaucoup de difficultés à associer les noms qui figurent sur les mandats d'arrestation aux visages des présumés criminels. L'arrestation de Gervais Chiasson, que la tradition orale a retenue, illustre bien cet état de choses4. Le shérif Vail avait mandaté le constable A. Gammon, de Bathurst, de procéder à l'arrestation de Gervais Lanteigne, mais ce dernier s'était apparemment sauvé à Shippagan. Gammon et quelques-uns de ses hommes se rendent donc chez Gervais Lanteigne où se trouve par hasard Gervais Chiasson ; on l'arrête de peine et de misère. Pour en venir à bout, ils doivent l'assommer à coups de bâton. On a confondu les deux Gervais ; celui qu'on arrête n'a pris aucune part aux troubles. Il sera tout de même conduit à Bathurst avec les autres, et cela à demi vêtu. Gammon dira de cette arrestation lors du procès qu'elle fut « Pretty rough5 ». Dans l'après-midi du 27 janvier, Vail et ses hommes sont toujours à la recherche de plusieurs émeutiers contre lesquels ils possèdent des mandats d'arrestation ; ils demeurent introuvables. Cependant, un tuyau du valet de l'Hôtel Sewell, Philias Thériault, met nos constables sur une piste : nos malheureux se cacheraient chez André Albert. Pourquoi chez cet homme ? L'une des raisons est bien simple : sa maison fait face à l'Hôtel Sewell et constitue un endroit idéal pour observer les mouvements des constables et des « volontaires » de la Miramichi qui sèment panique et effroi dans le village depuis maintenant quarante heures. Plusieurs rumeurs circulent, comme celle voulant que l'armée de Young ait l'intention d'emprisonner tout le village ou celle posant que les constables ont passablement été violents chez Séraphin Albert : des fenêtres ont été brisées et la famille, terrorisée. On n'oublie surtout pas que les constables et leurs amis de la Miramichi sont armés ; cela étant un fait et non une rumeur, la peur envahit les villageois. Profitant de l'information du valet de l'Hôtel Sewell, Vail ordonne à son assistant Stephen Gable de prendre avec lui des hommes, de se rendre chez Albert et de procéder aux arrestations qui s'imposent. Gable se fait accompagner par 20 hommes, presque tous de la Miramichi. L'un d'eux est cependant un Blackhall de Caraquet ; il sert d'interprète auprès des justiciers.
1. Tous les renseignements de ce chapitre proviennent des comptes-rendus des témoignages lors du procès pour meurtre de J. Gifford, publiés dans Le Moniteur Acadien, d'octobre à décembre 1875. 2. L'Hôtel Sewell qui, dans les faits, était plus une maison qu'un hôtel, serait situé de nos jours près de la demeure de Francis Albert. 3. Témoignage de Robert B. Vail, Le Moniteur Acadien, le 26 novembre1875. 4. Le récit de l'arrestation de Gervais Chiasson fut recueilli par A. Savoie, p. 6-7. 5. G. Stanley, p. 85.

Cliquez pour plus de détailsFusillade faisant deux morts (27 janvier 1875)
Il est trois heures de l'après-midi ; on frappe à la porte d'André Albert. L'assistant shérif Gable pénètre dans la maison, accompagné de plusieurs hommes armés. Les autres restent à l'extérieur afin de surveiller les fenêtres et autres issues. C'est le début du drame qui fera deux morts.
Cliquez pour plus de détailsPrésence de la milice à Caraquet (31 janvier 1875)
Dès qu'on apprend à Bathurst que deux hommes ont été tués à Caraquet, on fait appel à la milice afin de venir en aide aux autorités civiles pour réprimer l'émeute.