Sur le chemin de la révolte

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Volume 16 Numéro 4
Caraquet est un endroit assez pauvre. Compte tenu de la rareté de la viande, c'est surtout grâce aux pêcheries que l'on y trouve de quoi manger en quantité suffisante.
Caraquet est un endroit assez pauvre. Compte tenu de la rareté de la viande, c'est surtout grâce aux pêcheries que l'on y trouve de quoi manger en quantité suffisante.

Caraquet, le plus long village au monde (1811)

Clarence LeBreton

Caraquet... Il faut presque y être né ou y avoir vécu longtemps pour comprendre la mentalité et les moeurs de cette bourgade qui, au cours du XIXe siècle, s'est forgé, sans trop le savoir, une réputation d'un haut lieu de la résistance francophone dans une province à majorité anglophone. Tout d'abord, sa population est d'origines diverses, chacune bien cantonnée dans une partie du village. La partie ouest, c'est-à-dire le haut de la paroisse, est acadienne. C'est dans cette partie du plus long village au monde1, que quatre familles de proscrits sont venues s'établir au lendemain du drame de Grand-Pré. Ces premiers habitants seront rejoints par plusieurs autres familles acadiennes à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. C'est à l'agriculture, noble métier prêché par l'église, que tous s'adonnent. Le bas de la paroisse est, pour sa part, habité par des familles venues de la Gaspésie et de villages de la région du bas du fleuve Saint-Laurent. Ils arrivent à Caraquet à la même époque que nos expatriés acadiens, soit durant la dernière moitié du XVIlle siècle. Comme ces familles sont d'origine normande, ce sont les pêcheries qui les attirent sur nos rivages de la baie des Chaleurs. C'est ainsi qu'en 1850 nous retrouvons les Landry, Cormier, Dugas, Thériault et Légère dans le haut de la paroisse, tandis que les Gionet, Lanteigne, Chiasson, Doiron et Gallien habitent le bas Caraquet, c'est-à-dire la partie est du village. L'une des premières descriptions de cette société nous est livrée par l'évêque de Québec, Mgr J. Octave Plessis, après sa visite à Caraquet en 1811 :
Quelque excellent que soit la chrétienté de Caraquet, il faut avouer qu'elle est inférieure à celle des Îles-de-la-Madeleine. Dans celle-ci, il n'y a point de mélange. Malheureusement, il y en a dans celle-là. Le haut de la paroisse est pur, mais le bas est en moins bonne renommée. Les habitants de cette partie sont plus exposés à sortir et à entretenir des liaisons avec ceux de Paspébiac situés au nord de la Baie des Chaleurs et mal notés sur les articles de luxe et des moeurs. Il n'y a pas encore de grands désordres au sud, mais on les craint et on les voit venir2.
Ce saint évêque dira, par ailleurs, que Caraquet est un endroit assez pauvre, où la qualité du pain est médiocre. Compte tenu de la rareté de la viande, c'est surtout grâce aux pêcheries que l'on y trouve de quoi manger en quantité suffisante3. Serait-ce le bas qui nourrit le haut ?
1. Caraquet a été longtemps reconnu comme le plus long village au monde avec sa rue principale totalisant 35 kilomètres. 2. « Journal de la mission de 1811 », Mgr Joseph Octave Plessis, évêque de Québec, dans Le Foyer Canadien, cité par W.F. Ganong, The History of Caraquet and Pokemouche, p. 25-26. 3. Ibid., p. 26.

Cliquez pour plus de détailsArrivé à Caraquet de commerçants anglo-protestants (1837)
Venus des îles Britanniques et de l'Île Jersey, des anglo-protestants s'installent dans le centre de Caraquet et y érigent magasins, hangars et de somptueuses demeures.
Cliquez pour plus de détailsRobert Young
Robert Young est venu s'établir à Caraquet en 1851, à l'âge de 17 ans, afin de diriger la succursale du commerce de son père. En 1872, Robert Young est nommé membre du Conseil exécutif de la province.
Cliquez pour plus de détailsJames G.C. Blackhall
James G.C. Blackhall voit le jour à Caraquet le 17 janvier 1827. Il est l'héritier de toutes les fonctions civiles de son père, un immigrant d'origine écossaise et de religion presbytérienne. C'est alors qu'il devient juge de paix, maître de poste, officier des douanes, coroner, etc.
Cliquez pour plus de détailsPhilip Rivell
Philip Rivell est né à Saint-Pierre de l'Île Jersey en 1838, il débarque à Caraquet pour y fonder une entreprise en pêcheries tout comme les Young.
Cliquez pour plus de détailsL'abbé Joseph Pelletier
L'abbé Pelletier est né à Kamouraska, dans la province de Québec, en 1828. Lorsqu'il arrive à Caraquet comme curé en 1869, il a 41 ans. Dès le début, il devient un vif opposant de la Common School Act et promeut un système d'écoles séparées.
Cliquez pour plus de détailsThéotime Blanchard
Théotime Blanchard, député de Gloucester à la législature où il a été élu pour la première fois en 1870. Théotime Blanchard sera celui qui exhortera ses concitoyens de Caraquet à ne pas payer leurs taxes en guise de protestation contre la loi scolaire.
Cliquez pour plus de détailsPétition demandant un système d'écoles séparées (1871)
Avec la création de la province du Manitoba l'année précédente, où l'on a aussi établi un système d'écoles séparées, les catholiques du Nouveau-Brunswick sont convaincus que la chose est également réalisable dans leur province.
Cliquez pour plus de détailsRefus de payer la taxe scolaire (1873)
Il est résolu que les habitants de Caraquet s'engagent à prendre les moyens légitimes de ne pas payer cette taxe injuste qu'on veut leur extorquer pour le support des écoles communes que leurs enfants ne peuvent fréquenter.
Cliquez pour plus de détailsConflit entre catholiques et protestants à Caraquet (1874-1875)
Lors d'une réunion des représentants de la minorité anglo-protestante, une pétition est rédigée et signée par 19 personnes ; on y informe les autorités provinciales de la non-validité de la réunion de formation du conseil scolaire pour la paroisse civile de Caraquet, tenue par les catholiques.