Hier l'Acadie

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Volume 13 Numéro 1
Le Collège Saint-Joseph au sud-est du Nouveau-Brunswick.
Source : Centre d'études acadiennes.
Le Collège Saint-Joseph au sud-est du Nouveau-Brunswick.
Source : Centre d'études acadiennes.

L'Acadie dispersée et reconstituée, 1763-1880

La période reconstituée dans la première section du Village Historique Acadien est celle qui englobe les années 1770 à 1895. Pendant longtemps, les historiens s'intéressant à l'Acadie ont eu tendance à qualifier la période allant jusqu'aux années 1840 comme celle de « l'enracinement dans le silence ». Mais vers 1790, les Acadiens ne sont pas dépourvus de chefs de file. À titre d'exemple, les Robichaud dans la Péninsule acadienne, les Doucet à la Baie Sainte-Marie et les Arsenault à l'Île-du-Prince-Édouard. Ce sont des hommes comme ceux-là et des femmes telles Vénérande Robichaud6 qui s'inscrivent favorablement dans le réseau des notables anglophones influents des colonies anglaises des Maritimes. Bien que jusqu'en 1846, les Acadiens se regroupent plutôt en marge des autres groupes, on assiste néanmoins à la fondation de nombreuses paroisses. Toutefois, l'Acadie des Maritimes est alors davantage, un pays de mission puisqu'elle est desservie par des missionnaires de la France et du Québec. Les trois visites successives de Mgr Plessis, entre 1811 et 1815, revêtent donc une importance capitale durant cette période. L'année 1846 marque une autre étape dans cette longue prise de conscience, avec la publication du poème Évangéline de Harry Woodworth Longfellow. Cette oeuvre, de la plume d'un poète américain, éveille les Acadiens à leur existence en tant que peuple en les faisant connaître aux étrangers. D'autres auteurs, dont le Français Edmé Rameau de Saint-Père et le Canadien Napoléon Bourassa, lui emboîtent le pas. À n'en pas douter, ces contributions littéraires marquent le réveil d'une conscience collective en Acadie. La fondation d'un journal, Le Moniteur Acadien, publié pour la première fois à Shédiac le 1er juillet 1867, est une autre manifestation de cette renaissance. Dès la première moitié des années 1800, le monde anglo-saxon s'interroge sur le bien-fondé de rendre l'éducation accessible au plus grand nombre. Pour y arriver, les dirigeants britanniques estiment qu'il est essentiel d'établir un impôt destiné à implanter un système d'écoles publiques et à en exclure l'enseignement religieux et l'usage d'autres langues que l'anglais. Bien que les conséquences de cette nouvelle philosophie éducationnelle ne se fassent sentir qu'après 1850, il ne faut pas penser qu'il n'existe aucune infrastruture destinée à l'enseignement. Après l'arrivée des maîtres-ambulants au début du siècle, des prêtres catholiques et des congrégations religieuses tentent d'offrir des occasions d'éducation aux jeunes Acadiens et Acadiennes des Maritimes. Étrangement, on constate qu'à l'époque, il semble plus facile d'établir l'enseignement privé que public. Alors que les garçons peuvent fréquenter des collèges, les filles doivent se satisfaire des couvents. L'une des initiatives les plus connues se déroule au sud-est du Nouveau-Brunswick, vers 1833, lorsque l'abbé Antoine Gagnon est le premier à tenter de doter les Acadiens d'un collège classique. Ce projet se heurte à des difficultés financières et ce n'est qu'en 1854 que le séminaire Saint-Thomas, à l'origine du Collège St-Joseph, fondé par l'abbé Lafrance à Memramcook, vient concrétiser dans un autre lieu l'idéal de l'abbé Gagnon. Les Acadiens ont dorénavant une institution d'enseignement supérieur en mesure de former une élite cléricale pouvant les représenter politiquement et assurer leur développement social et économique. La loi scolaire de 1871, créant l'école unique et neutre, porte cependant un dur coup à l'enseignement en français au Nouveau-Brunswick. S'ils veulent faire instruire leurs enfants en français et selon les principes de la religion catholique, les Acadiens doivent désormais payer une double taxe, puisque l'impôt permettant de subventionner les écoles neutres et anglophones s'applique à tous les citoyens. Il en résulte des protestations plus ou moins virulentes dont l'une à Caraquet, en 1875, qui aboutit à la mort de deux hommes. L'un d'eux, Louis Mailloux, devient un personnage quasi mythique de l'Acadie contemporaine. Au lendemain de cette tragédie, un compromis permet de reconnaître aux Acadiens le droit à leurs écoles dans les paroisses où ils constituent la majorité. C'est une victoire collective importante pour les Acadiens puisqu'on a de plus en plus l'impression qu'à force de persévérance, la fierté peut vaincre la peur viscérale engendrée par la Déportation.


Editeur : Fondation ConceptArt multimédia

Source : Village historique acadien