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Volume 10 Numéro 1
La capitulation de Montréal, 1760
La capitulation de Montréal, 1760

Capitulation de Montréal : Le dilemme de Vaudreuil

À Montréal en 1760, Vaudreuil doit affronter un cruel dilemme. Trois armées britanniques comptant en tout 11 000 hommes encerclent la dernière ville française du Canada. Montréal est pratiquement sans défense. Tous, militaires et civils, lui recommandent de se rendre. Mais lorsqu'il apprend qu'Amherst leur refuse une reddition dans la dignité militaire, Lévis et Bougainville sont outrés. C'est leur honneur qui est en jeu! Ils exigent alors de faire une dernière sortie avec les 2 400 hommes qui restent. Tout au moins, Lévis demande au gouverneur le privilège de se retirer dans l'île Sainte-Hélène avec ses hommes pour y défier Amherst. De cette façon, les officiers supérieurs plairaient au roi et sauveraient leurs carrières. La carrière de Vaudreuil est aussi en jeu. Mais il sait fort bien que donner à Lévis la permission de se battre signifierait la destruction de Montréal et de nouvelles horribles souffrances infligées au peuple canadien. Les armées britanniques ont déjà prouvé leur férocité en Irlande, en Écosse et tout récemment en Acadie. Dans l'adversité, Vaudreuil prend la décision la plus difficile de sa carrière et ce faisant, prouve qu'il est un grand gouverneur. Il rejette la demande de Lévis et signe une capitulation qui protège les droits des Canadiens, leur intégrité physique, leurs biens, leur religion et leurs lois. Lévis est humilié mais obéissant. Il se rend sur l'île Sainte-Hélène où il préfère brûler ses drapeaux plutôt que d'avoir à les remettre aux Anglais. Le 8 septembre 1760, Montréal et tout le Canada sont cédés à l'Angleterre. Officiers, soldats, fonctionnaires et marchands français s'embarquent pour la France. Lorsque Louis XV apprend la capitulation de la Nouvelle-France, il n'en revient pas. Ce n'est pas qu'il soit triste d'avoir perdu la colonie, pas du tout. Il ne se préoccupe aucunement du sort des Canadiens, pourtant tous d'origine française. Les Anglais peuvent faire ce qu'ils veulent de la population civile de la colonie, le roi n'est pas du tout intéressé. Ce qui le bouleverse c'est que son armée, la plus respectée d'Europe, a capitulé sans recevoir les honneurs de la guerre. Quelle honte! Pour lui, c'est pire que la perte d'un empire. Quelqu'un doit donc servir de bouc émissaire, et il n'est pas question que ce soit un officier supérieur de l'armée française! À son arrivée au port de Brest en 1760, Vaudreuil le vieux gouverneur est presque aussitôt jeté dans la prison de la Bastille à Paris. Le roi le rend personnellement responsable du déshonneur qui frappe toute l'armée française. Le dernier gouverneur de la Nouvelle-France, un Canadien de surcroît, payera pour l'échec militaire humiliant.


Source : © Tous droits réservés, Patrick Couture / Fondation ConceptArt multimédia