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Volume 10 Numéro 1
Représentation de la bataille des Plaines d'Abraham, 1759 (Québec)
Source : Bibliothèque et Archives Canada / C-004501
Représentation de la bataille des Plaines d'Abraham, 1759 (Québec)
Source : Bibliothèque et Archives Canada / C-004501

La bataille des Plaines d'Abraham

Le 13 septembre 1759, Wolfe se décide enfin à attaquer. Il n'informe ses officiers (Monckton, Townshend et Murray) qu'à la dernière minute et ceux-ci sont furieux contre lui. Le débarquement aura lieu au Foulon. Son objectif est de prendre les Français par surprise, mais il doute lui-même du succès de son entreprise. Dans les jours précédant le débarquement, il avait déjà commencé à écrire des lettres où il énumérait des excuses pour expliquer sa défaite. Mais il décide quand même de risquer la vie de ses trois mille six cents hommes. Courage ou folie ? Vers quatre heures du matin, dans une nuit d'encre, des soldats sont envoyés en reconnaissance. Alors qu'ils approchent de la grève, une sentinelle française lance: « Qui vive? Qui vive? » Ce à quoi le capitaine Fraser réplique: « La France et vive le Roi! » Croyant qu'il s'agit de l'arrivée des ravitaillements, les Français laissent ainsi passer les Anglais, qui ont tôt fait de se débarrasser des sentinelles. Ils se mettent alors à escalader la falaise où ils affrontent l'officier Vergor et ses hommes. Écrasés par le nombre, les Français sont battus. À cinq heures, le débarquement a lieu et Wolfe supervise l'opération en personne. Montcalm n'atteint Québec que vers sept heures vingt pour constater que les Anglais sont maintenant sur les Plaines d'Abraham et se préparent au combat. Les tuniques rouges sont partout. Montcalm réunit son armée à la hâte. Les soldats français, les miliciens canadiens et leurs alliés indiens traversent bientôt la ville, tambours battants, en direction des Plaines. Peu après neuf heures, Montcalm a réuni quatre mille cinq cents hommes. Des tirailleurs canadiens et indiens, cachés dans les buissons, ouvrent le feu sur l'armée anglaise, immobile. À dix heures, Montcalm ordonne la charge. Celle-ci est désordonnée et indisciplinée. Des soldats ouvrent le feu avant que Montcalm n'en donne l'ordre, ce qui cause bien peu de dommages aux Anglais immobiles, couchés au sol. Wolfe attend que les Français soient seulement à quelques quarante verges de ses lignes avant de s'écrier « Fire! » Plusieurs Français sont alors fauchés d'un coup et les autres, pris au dépourvu, figent un moment sur place au lieu de réagir. Seuls les Canadiens se comportent convenablement et poussent l'attaque, pendant que l'armée française en déroute, fuit vers les remparts de la ville. À dix heures vingt-quatre, dissimulé derrière un buisson, un tirailleur canadien vise et tire. Wolfe chancelle et s'écroule, atteint mortellement à la poitrine. Vers onze heures, Montcalm est à l'entrée de la porte Saint-Louis où il tente de calmer ses troupes. Comme il franchit la porte, il est atteint de deux balles, coup sur coup. Il rend l'âme le lendemain, après une longue agonie. Le 18 septembre, Ramesay signe la capitulation de la ville. Dès lors, les quinze mille habitants répartis entre Québec et Gaspé, vivant dans une ville et cinquante-neuf villages, paroisses et seigneuries, deviennent sujets de la couronne d'Angleterre. La France à qui ils avaient été fidèles les a abandonnés. La Nouvelle-France, ou ce qui en reste, est en ruine. Partout ce n'est que famine et misère. Le jour de la capitulation de Québec, le capitaine John Knox est envoyé pour prendre possession de la ville. Vue de l'extérieur, la capitale de la Nouvelle-France a toujours l'air indestructible. Mais une fois qu'il franchit les portes, il n'en revient pas. Aucune maison n'a été épargnée par les obus et les pots à feu anglais. La basse ville n'est plus qu'un amas de ruines fumantes parmi lesquelles rôdent des femmes et des enfants au visage hagard à la recherche de nourriture. Dans la haute ville, aucune maison n'est indemne, leurs murs sont transpercés de trous béants. Parmi les civils demeurés dans la ville, on compte environ 2 300 femmes, enfants et vieillards. Ils ont tout perdu. Les hommes ne sont pas là, ils sont toujours avec ce qui reste de l'armée française. Les ursulines soignent comme elles le peuvent les 1 200 malades et blessés, qu'ils soient Français, Canadiens ou Anglais. John Knox écrit dans son journal du 20 septembre : « Le ravage est inconcevable. Les maisons restées debout sont toutes plus ou moins perforées par nos obus. Les parties de la ville les moins endommagée sont les rues qui conduisent aux portes Saint-Jean, Saint-Louis et du Palais; elles portent cependant les marques de la destruction presque générale. » Dans les campagnes autour de Québec, ce n'est guère mieux. Toute la Côte-de-Beaupré et l'île d'Orléans ont été saccagées, les soldats ont volé le bétail et incendié les maisons et les bâtiments de ferme. Les familles privées de leurs hommes valides viennent se réfugier à Québec ce qui augmente encore la misère. Seules les églises, épargnées par l'armée anglaise, sont encore debouts dans ce paysage désolé. De l'autre côté du fleuve, les villages ont souffert le même martyre. Les 19 paroisses du territoire qui s'étend jusqu'à Kamouraska ont payé cher leur résistance à l'envahisseur. Aucun village n'a été épargné, la plupart sont à reconstruire entièrement.


Source : © Tous droits réservés, Patrick Couture / Fondation ConceptArt multimédia