Hier l'Acadie

« Retour | Archives Carrousel
Volume 13 Numéro 9
Embarcations de pêche sur le rivage de Caraquet vers 1910.
Source : Archives provinciales du N.-B.
Embarcations de pêche sur le rivage de Caraquet vers 1910.
Source : Archives provinciales du N.-B.

La pêche

Après la Déportation, les Acadiens, cultivateurs par tradition, vivent désormais pour la plupart le long des côtes, principalement de la pêche et d'un peu d'agriculture. Des compagnies anglaises et jersiaises achètent le poisson aux Acadiens : ceux-ci dépendent donc totalement de ces commerçants étrangers. En effet, tout en développant cette industrie de la pêche, ces derniers s'enrichissent souvent sur le dos de ceux qui leur fournissent les matières premières. Le système économique instauré à Caraquet par les Robin est typique de presque toutes les compagnies similaires installées chez les Acadiens et dans la plupart des régions rurales des Maritimes. On pêche surtout la morue, le saumon, le maquereau et le hareng. Seul poisson acheté par les compagnies aux pêcheurs acadiens, la morue demeure pendant longtemps le poisson le plus pêché sur le littoral du Nouveau-Brunswick, à tel point que dans certaines régions « poisson frais » signifie automatiquement morue. Toujours vendue salée et séchée, on l'exporte dans des barils. Deux méthodes existent à l'époque pour pêcher la morue, soit la pêche semi-hauturière et la pêche côtière. Dans le cadre de la première, on part souvent pour une semaine dans des goélettes dotées de peu d'instruments de navigation. L'équipage se compose de trois à cinq hommes, tous moitié de ligne, c'est-à-dire payés avec la moitié du revenu net de la pêche partagé également. L'autre moitié revient au capitaine. On pêche la morue, comme le maquereau, à la ligne. Deux sortes de lignes sont utilisées : la ligne à main, où chaque pêcheur surveille deux lignes portant chacun deux hameçons ; et la ligne dormante, longue ligne portant une centaine d'hameçons. Une fois vidé et nettoyé, le poisson ainsi pêché est salé et mis en cale. Cette méthode est la seule qui permet de conserver la morue pour une assez longue période. Seule la morue pêchée le dernier jour est débarquée fraîche ; celle conservée en cale, la « morue verte », est mise en saumure dans des barils pour être expédiée. À la fin des années 1800, cependant, le produit tombe en défaveur et c'est à ce moment qu'on commence à sécher cette « morue verte ». Le travail d'apprêtage à terre donne l'occasion aux adolescents et aux femmes de participer à l'effort de pêche. Une fois le poisson déchargé, il faut le laver pour le débarrasser du limon qui le recouvre, le mettre dans la saumure pour quelques jours, puis le sécher sur des vigneaux. Dans le cas de la pêche côtière, la morue pêchée est débarquée fraîche et représente le produit le plus prisé sur les marchés mondiaux. Partis tôt le matin dans de petites embarcations dont l'équipage compte deux ou trois hommes, les pêcheurs côtiers ne vont jamais à plus de quinze milles des côtes. Une fois la morue déchargée, on la nettoie, on la sale, puis on la met à sécher sur des vigneaux. Cette opération peut prendre trois semaines et nécessite beaucoup de soins. Il faut sans cesse protéger la morue de la pluie et des ardeurs du soleil, la retourner quotidiennement et l'assembler en tas appelés moutons tous les soirs. Les femmes se chargent de cette opération, étendant chaque filet de poisson sur ces longues clayettes à quelques pieds du sol et surveillant minutieusement le progrès des opérations, tributaires de la pluie, du soleil et du vent. Après avoir choisi la morue la plus blanche, à la chair la plus fine, sans flétrissure, qui est classée de première qualité, on procède au « tubage », opération qui consiste à entasser le poisson dans des barils en le comprimant au fur et à mesure à l'aide d'une presse à vis. C'est dans ces barils qu'on expédie la morue vers l'Europe, les États-Unis ou l'Amérique du Sud.


Editeur : Fondation ConceptArt multimédia

Source : Village historique acadien