Hier l'Acadie

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Volume 13 Numéro 7
Mobilier de la maison Thériault.
Source : © Sylvio Boudreau.
Mobilier de la maison Thériault.
Source : © Sylvio Boudreau.

Habitation et mobilier

L'architecture et le mobilier acadien n'ont jusqu'à présent fait l'objet d'aucune recherche exhaustive. Par le fait même, très peu de normes existent pour définir un style qui soit typiquement acadien. Toutefois, certaines données peuvent nous permettre de cerner quelque peu la question. Dans l'histoire des Acadiens d'après la Déportation, il est possible de déterminer trois époques distinctes en ce qui concerne l'évolution de la structure d'habitation. La période allant de 1755 à 1763 voit les Acadiens sans cesse chassés des terres où ils tentent de s'installer. Constamment harcelés par les Anglais qui leur refusent l'accès à des sols fertiles, les Acadiens vivent cette époque de « pérégrinations » jusqu'en 1784, constamment sur le qui-vive, sans jamais avoir l'impression de s'installer pour de bon. C'est donc dans des maisons de pièces sur pièces construites à la hâte, très rustiques, chauffées à l'aide de foyers en pierres et ouvertes à tout vent malgré le peu de fenêtres, qu'ils résident. Après 1784, avec la création du Nouveau-Brunswick, les Acadiens se voient enfin octroyer des titres de terre et c'est un second établissement à caractère permanent que l'on retrouve dans cette nouvelle Acadie. De nombreux petits villages naissent, constitués de maisons plus solides, possédant plus d'ouvertures, cloisonnées à l'intérieur et chauffées avec un poêle : on y sent plus de permanence. À compter des années 1840, c'est l'époque des premiers députés acadiens, du premier collège, du premier journal et de la montée d'une conscience nationale, bref une « Renaissance ». Plus spacieuse, construite différemment et beaucoup plus confortable, la maison acadienne connaît une évolution sans précédent. L'habitation de pièces sur pièces est maintenant disparue. Sise sur une fondation en pierres, c'est la maison à colombages verticaux, recouverte de planches, qui prédomine. L'intérieur plus éclairé est cloisonné, donnant ainsi plusieurs pièces destinées à un usage précis. Vers 1860 viennent les premiers salons, et on se préoccupe de plus en plus de l'aspect décoratif ; apparaissent des moulures plus sophistiquées, différents styles de portes et de pièces de quincaillerie. L'escalier devient plus élaboré et l'on recouvre souvent les murs de plâtre. Bref, pour la première fois, ce n'est plus la disponibilité des outils et des matériaux qui décide de l'allure de la maison, mais la façon dont on veut y vivre. Sans être le luxe, ce n'est quand même plus l'extrême dénuement et l'absolue nécessité qui ont caractérisé les deux périodes précédentes. La Déportation a pour effet de démanteler brutalement une société homogène et pratiquement autonome. Du jour au lendemain, tout est à recommencer pour les Acadiens. Dans un environnement étranger et souvent hostile, dépouillés de tout, ils doivent désormais parer au plus pressé pour arriver à survivre. L'économie de moyens demeure la règle d'or ; le besoin et la disponibilité des matériaux sont les seuls critères. En règle générale, le mobilier acadien est souvent fait de pin. Ce choix s'explique aisément par l'abondance de ce bois dans la région et par sa grande maniabilité en matière de fabrication de meubles. Assemblés à tenons et mortaises, d'une extrême simplicité, les meubles acadiens sont généralement fabriqués par l'usager. Ils reflètent souvent la maison à laquelle ils sont destinés, car ils sont fabriqués avec les mêmes outils et selon les mêmes techniques. Ce sont d'habitude des meubles très près du sol, ce qui nous laisse à penser que nos ancêtres devaient avoir une taille inférieure à la nôtre. La même évolution se décèle aussi bien dans le mobilier que dans l'habitation. Jusqu'à environ 1800, très peu de meubles : une table, quelques bancs et des lits. On se sert d'un coffre aussi bien pour s'asseoir que pour ranger. Les pièces de mobilier sont à ce titre souvent polyvalentes. C'est un mobilier très rustique répondant presque aux caractéristiques du meuble médiéval. Peu d'enjolivures et de décorations dans ces maisons de pièces sur pièces dont le sol est souvent de terre battue. L'époque du second établissement permanent, allant jusqu'en 1840, se caractérise par une plus grande variété dans le mobilier. Certains meubles viennent s'ajouter tels que l'armoire-vaisselier et les chaises à sièges de babiche tressée (lanières de peau), qui remplacent les bancs. On voit aussi les premières berceuses, simples chaises droites adaptées à cette nouvelle fonction. L'élément le plus révélateur reste cependant l'armoire de coin. On y accorde beaucoup d'importance et de soin : souvent encastrée, elle fait partie de la maison et sa mouluration reste semblable à celle retrouvée ailleurs dans la maison. La confection demeure cependant très simple : peu de raffinement et d'enjolivures. L'aspect robustesse prédomine, en raison du choix toujours restreint de matériaux. La période que l'on qualifie de « Renaissance acadienne » voit s'ajouter au mobilier acadien un certain raffinement et un début de décoration. Le salon, par exemple, né à cette époque, nécessite l'emploi de meubles nouveaux et de fabrication plus soignée. On rassemble dans cette pièce destinée à la grande visite ce que l'on possède de plus beau. Le mobilier y est bien rangé, confortable et entretenu avec soin. Les pattes de chaises sont tournées, le sofa rembourré et les murs souvent décorés d'un portrait. La venue du tour à bois marque le style de plusieurs pièces de mobilier. Les pattes de chaises, de tables et de lits sont, à partir de 1860, souvent tournées. Et bien sûr, la fin des années 1800 amène le début de l'industrialisation. La venue du meuble de confection industrielle fait inévitablement disparaître, en le dévalorisant, le meuble de fabrication domestique.


Editeur : Fondation ConceptArt multimédia

Source : Village historique acadien